Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Cinéma!’ Category

Le Ché’Vou

« Cinérant Restoma(c) »


Quels sont les plaisirs de la vie? Le sexe (voilà, le sujet est traité), l’argent (tout de même pas à négliger, surtout qu’il peut donner accès aux autres plaisirs), la communication, la gastronomie et le divertissement au sens large. Ce sont ces deux derniers qui ont inspiré le Ché’Vou, lieu de délices gustatifs (cult/nourrit-ure).

Par KEVIN BRAZEAU

Il y a certains endroits magiques (lisez donc la chronique de ma collègue Sandrine Fafard Soucy, au sujet des Pas Perdus). De ces lieux où, aussitôt y sommes-nous entrés, notre cœur reste à jamais. On en découvre peu, c’est vrai. Mais ils sont bien là, quelque part, à nous attendre. J’ai eu la chance d’en dénicher quelques uns jusque maintenant. Or, ma dernière rencontre fut idyllique. Venez. Je vous tends la main. Prenez-la et entrons au Ché’Vou.

Je vous ouvre la porte. Elle est lourde : en elle se conserve toute la beauté de la place. Nous entrons, pieds souples sur un tapis rouge digne des galas les plus huppés. Déjà, on nous fait tout un cinéma. Un serveur s’approche. Il nous dit tout d’abord : « Bienvenue chez vous! » On croirait voir un réalisateur : il a un mégaphone (qu’il garde éteint, ne vous en faites pas), un foulard, une barbe, et il nous dirige à travers les différentes pièces après que nous lui ayons annoncé celle où nous désirons passer cette partie naissante de notre journée. C’est qu’à l’entrée, un premier menu nous est proposé. Sur celui-ci, nous pouvons constater l’éventail des possibilités de l’endroit. Ce sont les pièces-thématiques, qui y sont inscrites. Y sont disponibles : Comédie, Drame, Action, Romance, Films Québécois, Films d’auteurs, Série B, Suspense, Aventure, Fait vécu, Fantastique, même Navet, et quelques autres. Notez bien que pour chaque catégorie, il y a les sous-classes (par exemple, pour la comédie, on retrouve « comédie dramatique », « parodie » ou « comédie romantique »… vous voyez le genre). Puis, tous les mois, une salle désignée est consacrée à un film en particulier.

Ce mois-ci, c’est Pulp Fiction (version originale anglaise de Fiction pulpeuse), de Quentin Tarantino. C’est d’ailleurs notre choix, puisque vous aimez Tarantino comme personne et avez honte à mort de n’avoir pas vu ce chef-d’œuvre. Nous nous asseyons et le film commence (quelle chance, étant donné qu’il joue en boucle!). Tout au long de notre visionnage, l’atmosphère nous plonge dans le Jack Rabbit Slim’s, le restaurant fictif où vont manger Mia Wallace (Uma Thurman) et Vincent Vega (John Travolta), dans ce film. C’est tout comme un rêve. La nourriture, même, en plus d’être exquise, rappelle le long-métrage. Les laits-battus, la viande saignante (à l’image de certains personnages…), tout rend hommage à la thématique.

Parenthèse I : le fonctionnement

Le gérant de la place rencontré, je sais maintenant que l’idée est née d’un rêve au cours duquel celui-ci était client de ce genre de paradis culturel et gastronomique. Aussi, je peux comprendre que si les plats sont bien gastronomiques, il est normal que cet adjectif perde son « g » quand arrive l’addition : ils doivent constamment renouveler l’inventaire… même le modifier, quand arrive le nouveau mois. De plus, il faut avoir la permission de diffuser les films, et les droits d’auteurs ne figurent pas dans la liste des dépenses les plus économiques!

Une attention particulière est aussi apportée au personnel engagé. Des exemples? Dans la catégorie « Action », des cascadeurs sont embauchés (ils sont aussi serveurs… cela ajoute au spectacle), dans la catégorie « Romance », on se fait servir en alexandrins et dans la catégorie « Drame », des comédiens de la relève livrent à la fois des performances touchantes… et des brochettes de thon rouge grillées au sésame et au gingembre… oh! salivons!

Et encore! C’est sans compter le décor de la pièce à la thématique changeante, qui doit être entièrement revu, tous les trente jours!

Prenez-en toutefois ma parole, l’endroit pardonne le coût et on en ressort plus riche.

Arrêts hasardeux

Côté décoration, justement, en parcourant les pièces, vous et moi, après notre séance cinéma, nous nous étonnons de la diversité qui les unit. Chacune est isolée par une porte (les portes sont de couleurs différentes), de l’un ou l’autre côté d’un corridor style La Matrice. C’est insonorisé, bien entendu.

Dans « Romance », un parfum de rose (rien de trop beau) flotte allègrement autour des clients, sans provoquer de  nausées. La lumière est poudrée. La pièce n’est pas claire, mais bien pâle. Des colonnes grecques ornent les murs et les chandelles dépareillées font de chaque table un monde doux et berçant.

Dans « Comédie », ni les tables, ni les sièges, ne sont exactement droits (et c’est drôle!). Les serveurs sont farceurs : ils arborent les fameuses « lunettes / gros nez / moustache », nous racontent des histoires drôles et ne nous apportent que rarement ce que nous avons commandé. De façon bien singulière, cela ne devient jamais désagréable.

Les films, quant à eux, dans ces différentes pièces, se suivent et ne se ressemblent que par leur style. Lors d’une journée passée dans « Action », vous pouvez apprécier un Marche ou crève, un James Bond et un Parc Jurassique, par exemple. Que de divertissement!

Parenthèse II : brochette de projets

Bien que le concept tende à devenir fort populaire (la clientèle est en hausse permanente), il y a peu de publicité faite, si cela n’est du bouche à oreille.

Aussi, le gérant du  Ché’Vou aimerait bien que son entreprise connaisse une popularité en dehors du Québec.

L’homme derrière l’idée planifie également d’inaugurer une nouvelle salle sous peu : la « Films français ».

On prend un rendez-vous?

Voilà! Je vous ai fait visiter, manger, visionner un film et tomber en amour. Nous sortons, vous et moi, du Ché’Vou, repus (appétit et intellect) et heureux, charmés et hâtifs, car nous y retournerons sous peu ; c’est sans aucun doute que nous l’affirmons. Nous nous quittons. Vous allez en parler à vos amis, et moi aux miens.

Il y a certains endroits magiques. De ces lieux où, aussitôt y sommes-nous entrés, notre cœur reste à jamais. Le Ché’Vou en est un. Encore faudrait-il l’inventer.

Le Ché’Vou

1111, Rue de l’Espérance

Montréal, Québec

Read Full Post »